aux mots doux
aux mots douxLa mère que j’étais, et que j’ai trop été
J’ai donné.
Pas un peu.
Pas parfois.
J’ai tout donné.
Mon corps, mon temps,
Mes rêves de femme,
Ma liberté.
Je vous ai portés plus loin que mes bras,
Jusqu’à l’os,
Jusqu’à l’oubli de moi.
Je vous ai appris à marcher
Pendant que je tombais.
Je me suis tue,
Pour que vos cris prennent toute la place.
Je vous ai consolés
Quand moi, je ne savais plus comment respirer.
J’ai étouffé mes larmes
Pour préserver votre paix.
Et aujourd’hui ?
Je suis un nom que vous ne prononcez plus.
Un appel qui ne sonne plus.
Une mère qui ne sait plus où poser son cœur.
Vous êtes devenus grands.
Et moi, je suis devenue rien.
Un mot que j’ai dit ?
Une phrase oubliée ?
Vous l’avez gardée comme une arme.
Et moi…
Moi, j’ai gardé vos dessins, vos rires,
Vos odeurs d’enfant
Dans une boîte qui pleure en silence.
On me dit :
« C’est la vie.
Les enfants, ça part. »
Oui. Ils partent.
Mais pas avec ce regard vide.
Pas avec ce silence coupant.
Pas avec ce mépris.
Vous avez oublié
Mes nuits sans sommeil,
Mes bras ouverts,
Mes silences pleins de tendresse.
Vous avez oublié que j’étais là.
Toujours là.
Même quand j’étais en miettes.
Même quand j’étais épuisée.
Et maintenant, je suis "trop".
Trop vieille.
Trop émotive.
Trop présente.
Ou pas assez.
Mais quand vous étiez enfants,
J’étais juste ce qu’il fallait.
Un refuge.
Une forteresse.
Une source inépuisable.
Et maintenant je suis la méchante de l’histoire.
L’encombrante.
L’oubliée.
La voix qu’on juge,
La bouche qu’on veut faire taire.
Je ne demande pas d’être aimée comme avant.
Je demande juste
De ne pas être effacée.
Pas comme ça.
Pas après tout ça.
Je ne pleure pas sur mon sort.
Je crie ce que tant de mères taisent.
Je suis fatiguée d’être forte,
Et d’être punie pour avoir aimé.
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